Archives pour 26 mars 2009

1888.

J’entrai dans une pièce aux fenêtres voilées par un tissu brun et ocre. Partout, la même couleur. Sur le sol, les murs, même le plafond par endroit. Je traquais un meurtrier particulièrement dangereux depuis plusieurs mois maintenant. Même de grands détectives avaient préféré abandonner. Ses crimes n’avaient semble-t-il aucun lien.

Je déglutis et m’avançai dans la pièce, vers ce qui était surement le bureau où travaillait le vieil homme affalé maintenant au sol, gisant dans son sang. Éventré. Son haut de forme avait du être noir, mais le sang et la poussière le faisait rougeoyer par les quelques rayons du soleil couchant qui passaient à travers les tissus devant les vitres. Dans l’amas rougeâtre qui était sa poitrine, il y avait eu un trou de fait. Le cœur n’était plus là. Le tueur était un vrai sociopathe, c’était encore horrible, mais différent des fois précédentes. On dirait qu’il a plusieurs manières de tuer, qu’il en choisit une au hasard. Une fois il y avait eu un pieu. Une autre fois le corps de la victime avait été retrouvé calciné, enchainé dans la rue. Et il y en avait beaucoup, le tout depuis moins d’un an…

Sur l’espace de travail, une plume avait goutté et taché le buvard tandis qu’un petit livret relié, en cuir, de couleur marron, avait été laissé là. Le coupable du meurtre l’aurait laissé là ? Je ne comprenais pas mais me mit à lire, en commençant par le mot laissé sur le carnet.

« Vous qui lisez ce journal, comprenez bien que je n’agis pas par hasard. J’ai fait des découvertes que le monde actuel n’est pas prêt à accepter, et je dois faire ce qui doit être fait. Ce journal n’est nullement un mot d’excuse, je l’avais commencé alors que trottait dans ma tête les mêmes idéaux que vous, et je ne tente pas de vous convaincre de stopper votre traque à mon encontre. Mais j’espère que vous réaliserez que vous feriez mieux de me laisser agir et d’oublier cette affaire, pour vous consacrer à une autre … »

Cette lettre me laissa songeur. Je ne connaissais pas encore l’identité de l’homme gisant au sol. Je poursuivis ma lecture en ouvrant le journal, commençant à la première page.

« 11 janvier 1888.

Cette ville pue le sang. Dans East End, c’est le sang des animaux qui coule le plus, même l’animal humain. Ce ghetto regroupe tout un tas de criminels de toute sorte œuvrant tels des bouchers. Je ne sais comment, mais les coupables d’horribles atrocités arrivent encore à échapper à Scotland Yard, malgré les nombreux détectives recrutés par les autorités. Londres ne mérite pas un quartier aussi dépravé, mais que puis-je faire ?

18 janvier 1888.

Je décidai d’enquêter moi aussi. Mais en dehors de toute légalité. De l’intérieur de ces organisations. Je ne sais pas ce que ça donnera, mais je ne peux rester sans rien faire alors que notre ville sombre dans la décadence.

23 mars 1888.

Je commence à avoir quelques relations, et j’ai perpétré mon premier meurtre. Les criminels locaux appellent ça un rite de passage, j’appelle ça un crime. Je remonte lentement dans les organisations auxquels mes supérieurs sont affiliés, car il y en a plusieurs. »

Était-ce le journal du vieil homme ? Ou de son assassin ? On était en décembre 1888, ce journal narre donc des évènements ayant débuté presqu’un an auparavant.

« 5 mai 1888.

Les idéaux de mes « compagnons » me semblent de moins en moins horribles. Ils semblent choisir leurs cibles. Je ne connais ni les critères, ni les motifs. Ce qui est bizarre, c’est qu’il est demandé expressément de tuer puis de se débrouiller pour arracher le cœur de la cible. Cela m’écœure au plus haut point, je ne suis pas le seul, mais c’est le prix si je veux que l’on me fasse assez confiance pour me faire rencontrer des gens plus haut placés.

22 mai 1888.

C’est de la pure folie ! Alors que je m’occupai d’arracher le cœur d’une des victimes, elle a bougé ! Pire, elle a fui ! Mais quelles sont donc ces choses ! Rodney, mon supérieur, m’a expliqué que s’ils recrutaient en mettant les gens au courant, beaucoup fuiraient et que l’organisation a besoin d’hommes. Il m’a conseillé d’agir avant la nuit noire pour éviter que cela ne se reproduise. Je crains ma prochaine intervention.

24 mai 1888.

La solution de Rodney marche. Et une fois le cœur enlevé, ces simulacres d’humains sont bel et bien morts. Mais elles ne me semblent ni très fortes ni très agressives. Pourquoi les attaquer ? De plus, je ne progresse plus beaucoup dans l’Organisation, qui n’a pas de nom, et en regroupe en vérité plusieurs. Il semble que je sois dans une impasse … »

On nageait en pleine fiction. Cette homme avait vraisemblablement trop lu de ces ouvrages ésotériques en vogue actuellement. Il sombrait surement dans la folie suite au nombre de meurtres qu’il a perpétrés. Mais il se souvenait de son but, et sans l’atteindre, quels faits l’obligeaient à continuer ?

Je jetais un coup d’oeil vers le corps. Inanimé toujours, l’air effrayé sur son visage n’en faisait vraiment qu’une victime innocente à mes yeux.

« 2 Juin 1888.

Des immortels. C’est ce qu’ils sont. Et l’organisation a un nom : Golden Dawn. En fait les dirigeants semblent intéressés par l’occulte, et craignent des créatures non humaines. J’ai fini par être assez convaincant et utile pour qu’ils m’initient à tout cela et que je rentre dans leur cercle. L’un d’entre eux, Arthur Machen, m’expliqua longuement qu’il comptait écrire des histoires racontant les actions de ces entités, afin que le public en ait peur, même s’il pense que personne ne prendra ça au sérieux.

Je ne sais que croire. Effectivement, ma rencontre avec un être immortel (car il n’y avait aucun doute possible) m’avait ébranlé. Est-ce que cette organisation devait être chassée ? Je ne sais plus…

2 septembre 1888.

L’un des nôtres a commis une erreur. Il chassait une créature pouvant prendre possession de femmes ayant trompé leur mari, ou l’inverse, et qui cherchait à se reproduire par l’intermédiaire de son « hôte ». La créature logeait dans le bas ventre de la victime, et il fallait donc également éventrer la pauvre victime possédée pour pouvoir tuer la créature. Mais il avait trompé sa femme une fois, et la créature est pour le moment dans son corps. Qui sait quels sont les buts de la créature maintenant qu’elle se sait traquée ? »

Parlerait-il de l’éventreur ? Ce n’est pas … Intrigué je semblais dévorer chaque phrase.

« 10 septembre 1888.

Une nouvelle victime il y a deux jours. Des organes génitaux ont été prélevés. Que cherche à faire la créature ?

Nous la traquons sans relâche, mais beaucoup parmi nous ont des mœurs légères et on évite donc de les exposer à la bête. Si nous ne résolvons pas le problème très vite, nous aurons encore plus de morts sur la conscience !

31 septembre 1888.

Encore 2 morts. Nous sommes impuissants, elle est bien trop forte pour nous, trop rapide. Lorsqu’elle possède un corps, les capacités qu’elle possèdent sont surhumaines !

11 novembre 1888.

La bête s’est fait avoir. Nous lui avions tendu un piège. Quelque chose d’alléchant pour elle. Bien que moralement horrible, nous avons tous consenti à cela. L’une de nos membres, Mary Kelly, se porta volontaire pour servir d’appât. Mais cela n’eut pas beaucoup de succès au premier abord.

Notre conseil décida que l’on devait rendre l’appât irrésistible. Si le péché d’adultère attirait cette créature, elle allait en avoir. Mary coucha avec quasiment tous les hommes célibataires et vierges que l’on trouvât.

Cela paya. Une nuit, alors qu’elle allait se coucher et que nous étions tous en poste, la créature attaqua Mary. Mais le combat fut difficile, et la créature, en l’espace de quelques secondes avec Mary, l’avait déshabillée et elle gisait, cuisses écartées, dans le lit, son ventre ayant alors des convulsions non naturelles ! Nous parvînmes à tuer cette horrible chose vaguement humanoïde mais très petite, le corps ensanglanté car elle était sortie de notre ex-collègue, qui gisait lui aussi sur le sol.

Ce fut horrible, une créature semblable sembla se mettre à agir dans le ventre même de Mary, qui était inconsciente. Un rituel avait été prévu au cas où cela arriverait, et nous le commençâmes. Alors que nous chuchotions des paroles en latin, la créature sortit du ventre de Mary, mais ne pouvait sortir du cercle que nous formions. Elle découpa adroitement, avec ses griffes, dans les cuisses, dans l’abdomen de Mary, et exposa les viscères autour du corps encore tremblant. Puis elle découpa proprement le cœur. C’est alors que l’un de nous, en retrait, entama discrètement un enchantement sur ce cœur. La créature s’en rendit compte en avalant la première bouchée.

Tout à coup, elle se tordit de douleur, et se mit à brûler, bien qu’aucune flamme ne fut visible, mais aucun autre mot ne convient mieux. Puis elle disparut. Nous en étions enfin venus à bout. Nous décidâmes de faire passer tout cela pour une autre histoire de ce fameux éventreur donc parlait tous les journaux. Diable, si les gens apprenaient tout cela …

4 décembre 1888.

Ma famille est en danger. Un buveur de sang nous suit. Le mot Vampire me semble usurpé, car ils ne sont que des immortels égarés, persuadés que boire le sang les rendra plus forts. Et même s’il n’en est rien, je pense que je vais quitter la ville ce soir, car celui là est particulièrement intelligent. »

Nous étions le 8. Le dernier paragraphe semblait « frais », l’encre n’était pas encore totalement sèche, et mêlée à du sang.

« 8 décembre 1888. Il est venu chez moi. Je laisse ce journal ici, car je sais qu’un détective est après moi. Peut-être qu’il croira à tout ça, peut-être pas. Il a en tout un immortel sous les yeux maintenant. J’ai eu de la chance de l’entendre arriver. D’ailleurs c’est ce détective qui me suit depuis quelques temps. Je vais lui laisser une lettre, ce journal, et … hé bien il en fera ce qu’il veut. »

Ainsi donc, le journal appartenait au tueur ? Je regardai le corps.

Si j’enlevais le pieu, que se passerait-il ? Comment pouvait-on croire que ce cadavre se relèverait ?

Je sortis pour appeler la morgue, après avoir mis le carnet dans ma poche, et retournai à l’appartement. Les policiers étudièrent le corps, prirent des photos, et  emmenèrent le corps. Pour ma part, je me contentai d’aller dormir.

Mais le sommeil fut court. On vint me chercher, m’annonçant que le cadavre à la morgue n’y était plus.

La looze c’est fini, vive le segle !

Je change de pseudo aujourd’hui, juste comme ça pour changer.

Du coup ce pseudo c’est segle (un anagramme en partant de mon nom et prénom en prenant pas toutes les lettres).

<pseudo>@<pseudo>.org pour le mail et le nouveau Jabber ID…

paindesegle@<gmail> pour le mail de secours et le Gtalk.

Le nouvel MSN (hé ouais, j’ai encore des contacts qui ne passent pas sur xmpp) c’est paindesegle@hotmail.fr

Je vous prierai de bien vous mettre à jour et de virer mes vieux comptes de vos contacts.

De même, ce blog est désormais accessible par http://blog.segle.org/

PS : y a que les cons qui changent pas d’avis

PPS : Et les flux ont changé aussi : http://feeds2.feedburner.com/SeglesStories pour le flux des billets, http://feeds2.feedburner.com/SeglesStoriesCommentaires pour le flux des commentaires.