Le blog d’un libriste qui a la niaque !
Ombres
Encore poursuivi.
Je sautai d’un toit à l’autre. Je sentis les ombres autour de moi me guider, me faire ressentir la bonne direction. Je n’avais pas l’habitude de me retrouver dans cette situation. C’était courant parait-il quand l’Inquisition vous poursuit, cependant.
Officiellement, elle n’existe pas, et la Sainte Eglise Catholique renie et décrie les agissements faits par ces pseudo « Inquisiteurs », reléguant leurs actes à une déviance, et les invitant à se repentir de leurs crimes. Officieusement, l’Eglise considérait bien sur depuis des millénaires comme maléfique tout ce qui concernait les ténèbres. L’invention du mousquet, vous pensez bien dans quel état ça les a mis ! Alors ce que j’avais découvert, avec d’autres, c’était beaucoup trop pour eux.
Sur la droite, un garde qui tenait maladroitement debout sur le toit cria vers moi sans oser courir, fixant plutôt le ciel, de peur sembla-t-il d’avoir le vertige. Là, une flèche, ici, un coup de feu, heureusement que je ressentais les environs, car ainsi j’évitai les mauvaises surprises. Mais je repérai que les gardes semblaient avoir prévu quelque chose, car leurs placements étaient bien meilleurs que d’habitude, et je me rendis compte au bout de quelques toits parcourus qu’ils étaient placés de manière à m’orienter vers une zone de la ville où les toits s’espaçaient, vers le centre. Ils allaient être surpris.
Comme je l’avais senti, en cherchant à m’approcher du mur d’enceinte je rencontrai plus de gardes. Il fallait jouer le jeu des ombres, et ainsi je me dirigeai vers le centre, prenant de plus grands appuis, faisant confiance aux sensations que j’avais, et arrivai sur le toit d’un manoir, tandis que derrière moi des miliciens arrivaient, et que devant moi, la distance avec le toit suivant étant bien trop grand pour être franchi. Habituellement du moins.
Je ralentis et regardai autour de moi, fouillant des yeux le toit, à la recherche d’un objet qui convenait. Je trouvai vite, une planche de bois provenant d’un travail de réparation sur le toit. J’eus encore une fois cette impression étrange d’être guidé, quand je la lançai dans le vide et que je sautai, sous les yeux ébahis des soldats, alors que les ombres s’accumulèrent en un instant sous la planche. Je sentis chacune des particules auxquelles je demandais de tenir cette planche en prenant appui sur le sol en contrebas. Le tout se solidifia et continua à se renforcer, tout en penchant légèrement, rapprochant ma frêle surface d’appui vers le toit qui désormais était proche. Et je sautai à nouveau, reprenant un rythme effréné.
La fatigue commença à se faire sentir, et j’eus besoin de toute ma concentration pour concentrer autour de moi autant de particules d’ombre que je le pouvais pour pouvoir refaire si besoin était un tour comme celui que je venais d’accomplir. L’avantage était que je ressentais tout ce qui était dans l’environnement proche de chaque particule, comme si chacune était vivante et me transmettait ses sensations. Cela fonctionnait étrangement, j’apercevais tantôt des images, tantôt des sentiments, parfois des picotements. C’était comme si mes sens étaient multiplié par le nombre de particules qui m’entourait. Et il y en avait beaucoup pour peu que je me concentrais suffisamment. Je n’ai jamais compris pourquoi personne n’avait jamais su faire ça avant. C’est si grisant de se rendre compte que les ombres sont peuplées de particules vivantes, présentes aussi la journée ! Bien sur, en journée, elles sont moins réceptives aux appels, et viennent moins facilement en nombre.
Cela avait débuté un soir, il y a deux mois, quand j’ai soudainement senti des tas de petites choses grouillantes autour de moi. Je croyais à la fatigue, à l’alcool (je sortais d’un bal en l’honneur de l’anniversaire du baron de la ville). Mais cela se reproduit plusieurs fois le lendemain, moins fort, et je dus me rendre à l’évidence, je n’hallucinais pas. J’ai alors fait de nombreux tests, quelques recherches. J’en avais aussi parlé à des amis, cherchant des réponses. Aucune n’était valable, et les gens commençaient à se demander pourquoi je cherchais à apprendre des choses sur des « créatures minuscules qui vivent dans l’ombre ». Et cela n’a fait qu’empirer et au bout d’un mois, alors que j’avais appris à me mettre dans le bon état d’esprit pour les écouter je me rendis compte que je pouvais en partie les contrôler. En fait, c’était plus comme si elles étaient vivantes et que je pouvais leur demander ce que je voulais. Il fallait juste que j’en ai assez autour de moi pour réaliser ce que je voulais. Il y a une semaine, j’appris que l’église traquait des gens cherchant vraisemblablement le même genre d’informations que moi.
Et il y a 4 jours, ils ont débarqué chez moi et m’ont interrogé. J’ai essayé de leur expliquer ce que c’était, de le leur faire ressentir. Mais apparemment eux ne ressentait rien, même quand j’essayais de faire comprendre à l’ombre (car c’est comme ça que l’Eglise appelé le phénomène) de se montrer à ces gens. A l’inverse ils ne ressentirent qu’une peur soudaine et m’informèrent que j’étais en état d’arrestation pour hérésie. je savais ce que cela signifiait. Alors je fuis. Et depuis je suis en cavale. J’aurais pu partir de la ville, mais pour aller où ?
L’Eglise est partout, on ne peut la fuir. De plus ma description et un portrait de moi devaient déjà circuler entre les différentes paroisses. Je restais caché en permanence, volait (l’ombre était pratique, je savais si quelqu’un arrivait et je ne pouvais être surpris), et mendiait, déguisé. Cela me lassait.
J’allais devoir tenter de partir, quitter le pays. Le sud, peut-être ? l’Est ? Un endroit où la religion chrétienne ne dominait pas devait bien exister. Je décidai donc de sortir de la ville (ce ne fut pas bien difficile) et me dirigeai vers l’Est…
| Cette entrée a été posté par segle le 3 février 2009 à 23:03, et placée dans Fun, Plume. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |