Le blog d’un libriste qui a la niaque !
Une histoire de coeur
Hegyath n’aimait pas la mer et la mer le lui rendait bien. Le voyage n’avait pas duré longtemps, mais il n’avait déjà plus rien dans l’estomac, il avait tout rendu à l’océan. Et le voilà, sur les côtes de Vvarfendell, sous une pluie battante, et un orage qui menaçait d’éclater à n’importe quel moment.
Tel Branora était comme dans ses souvenirs. Horrble. Il était dunmer, mais il n’aimait pas pour autant l’idée de construire des habitations de cette manière, surtout que les plantes du coin étaient, disons … moches. Il faut savoir que les dunmers, avec les plantes locales et de la magie, construisent des villages entiers avec des plantes, des arbres, des fleurs … Le seul soucis étant que cette croissance n’est pas naturelle, et déforme donc la plante d’origine. Souvent le résultat est minable.
Bref, pour faire simple, c’est laid, à gerber, et s’il n’était pas sorti d’un bateau et qu’il avait encore eu quelque chose dans le ventre, il aurait eu du mal à se retenir. Et alors qu’il avançait sur les ponts verdoyants de la petite cité forestière, il repéra la chaîne de montagnes qui l’intéressait, à une bonne heure de chevauchée, au moins. Et comme il n’avait pas de cheval, et qu’il avait faim, il acheta quelques vivres à l’épicier du coin, un nordique donnant dans la parlotte. Hegyath se demandait bien comment un fier membre du peuple combattant du nord avait bien pu atterrir ici, mais il ne demanda pas.
Puis, après avoir tout rangé soigneusement dans son sac de voyage, il s’élança. Le voyage ne fut que boue, braillards des falaises, rats, pluie, et parfois tonnerre et éclairs, car l’orage avait éclaté. Au bout de 4 heures de marche à rythme soutenu, il repéra les fameuses grottes. Mais laquelle était la bonne ? D’habitude, un tout petit signe, discret, attire l’oeil. Une branche cassée en petits bouts, une trace particulière dans le sol, des choses qui naturellement n’arrive pas, mais pas remarquables.
Il aperçut alors une grotte dont le plafond de l’entrée était marqué comme par des griffures très légères, à des endroits proches. De plus, ces griffures étaient parallèles, ce que des animaux ne font pas, car quand un animal griffe, il ne griffe quasiment jamais droit, et de plus, ses griffes ont tendance à se rapprocher lorsqu’il plie sa patte.
Il s’avança alors, mettant en évidence l’emblème de l’Ordre sur son manteau de fourrure trempé. Le boyau était sombre, humide mais moins qu’à l’extérieur, et surtout il y faisait très froid. Il avança dix bonnes minutes, avant de tomber sur une silhouette humanoïde sombre qui lui souriait.
« Vous devez être Hegyath. Z’avez fait bon voyage ? » chuchota le Breton en agitant les mains.
« _ Pas vraiment. J’aime pas prendre le bateau, et encore moins être dehors, sous l’orage. Mais j’ai vu pire, donc j’vais pas me plaindre. Y a un peu de chaleur quelque part dans le coin ? »
« _ Oui oui, je m’en occupe. »
Il finit d’agiter les mains et Hegyath fut tout sec, ressentant même de la chaleur. Mais le froid de l’extérieur se faisait encore sentir.
» Venez, je vous amène dans notre maigre village. »
Et il fit signe au dunmer de le suivre. Ils marchèrent pendant une petite heure, avec pour seule lumière une vieille torche qui n’éclairait pas fortement les couloirs. Des marches, un élévateur. Ils s’enfoncaient dans la montagne mais cela n’étonnait pas Hegyath, tous les sanctuaires de l’Ordre étaient basés sur le principe « Pour vivre heureux vivons cachés » et y avaient ajouté « et loin sous la surface ». Et effectivement, ce principe était rigoureusement appliqué par tous les membres de l’Ordre.
Ils arrivèrent enfin dans le village souterrain. L’odeur nauséabonde du boyau de l’entrée était beaucoup moins présente ici, ainsi que l’humidité qui s’était également fait moindre. Comme il en avait l’habitude, les bâtiments étaient plus taillés dans les murs et dans le sol que construit, et c’était logique, amener des pierres et du bois de l’extérieur, cela aurait été remarqué. La pierre des bâtiments étaient néanmoins polie, souvent gravées du nom de la famille y habitant. Son guide l’amena jusqu’à l’église de pierre, elle aussi taillée dans le mur et le sol de la grotte. Il s’arrêta devant et fit signe à Hegyath d’entrer.
A l’intérieur, peu de fioritures, un feu, des bancs de pierre, peu de décorations, et une statue des Tribuns dans le fond. Il y avait là plusieurs membres de l’Ordre, qui discutaient et mangeaient. Hegyath se rappelait quand le Tribunal était encore une religion majoritaire. Depuis que le Nérévarine avait prouvé que les Tribuns avaient obtenu leurs pouvoirs de l’Oblivion, tous s’étaient mis à haïr les membres de l’Ordre. Quand bien même leurs pouvoirs venaient d’Oblivion, leurs intentions étaient pures ! Qui était ce Nérévarine pour penser pouvoir les critiquer et les destituer ?
Sentant une vieille colère refaire surface il se concentra sur ce qu’il avait à faire. Le coeur de Vivec avait été conservé après sa mort, et la puissance magique de Vivec s’était concentré dans son coeur. On pouvait le ramener, le dunmer en était sur. Le chef de cette section de l’Ordre lui indiqua qu’il n’avait pas le temps de le recevoir tout de suite, et qu’il devrait se reposer. Ce qu’il fit. Il demanda à son guide, qui attendait à l’entrée, où il pouvait dormir, et il lui montra un bâtiment.
« Vous verrez, c’est confortable, c’est là qu’on accueille nos invités de marque ! »
Et effectivement, à l’intérieur, repas déjà prêt, paillasse de bonne qualité, vêtements de rechange, et petit feu, tout cela était parfait après le voyage qu’il avait fait. C’est sans rêve qu’il dormit, et le lendemain, une enveloppe avec le sceau de l’Ordre se trouvait sur le sol à l’entrée. Il ouvrit et lut le parchemin.
« A deux journées d’ici, plus loin dans les terres, vers l’Ouest, se trouve des vestiges de la barrière intangible qui protégeait Vvarfendell des influences du domaine de Dagoth Ur. De vieilles ruines ayléïdes servent de cachette au groupe qui détient actuellement le coeur de Vivec. Méfie toi, ce dernier semble les doter de capacités meurtrières, au vu de l’état des éclaireurs que nous avons envoyé. Ils sont revenus quasiment morts sans blessure externe.
Courage, l’Ordre est avec toi. »
Il y avait une signature connue à la fin de cette lettre. La signature du dirigeant de l’Ordre, le roi actuel de Morrowind. Le véritable roi, pas la marionette de l’Empire de Tamriel qu’était Helset. Il brula le tout et sortit. Il prépara ses armes, demande quelques vivres, et sortit du repaire de l’Ordre de Tel Branora.
Il faisait jour, déjà, et le temps était au beau fixe. De la chaleur, du soleil, une petite bise, et un paysage déjà plus beau que de nuit sous l’orage. Il se mit en route en espérant que ça ne serait pas trop difficile de reprendre le coeur à ses possesseurs actuels, mais au fond de lui, il n’y croyait pas…
(suite une autre fois)